La chaîne des Alpilles abattue

Les appels téléphoniques matinaux sont rarement porteurs de bonnes nouvelles. On m’a appris, ce matin, très tôt, que Gérard Jouve était décédé.

Un Saint-Rémois, croisé dans la rue, a réagi avec ces mots : « C’était une personnalité ! »
Effectivement.

Gérard Jouve

Gérard Jouve était maire des Baux-de-Provence, président du Parc naturel régional des Alpilles et vice-président de la communauté de communes Vallée des Baux – Alpilles. Pour toutes ces raisons, (la commune des Baux, faisant, de plus, partie du canton de Saint-Rémy), Gérard était probablement l’élu local avec qui j’avais le plus de rapports, d’échanges et de réunions de travail.

Efficace, compétent, directif quand cela était nécessaire, excellent orateur, drôle, fin et cultivé, charismatique, apprécié de ses collègues élus comme de ses collaborateurs, Gérard faisait l’unanimité autour de lui.
Comme beaucoup d’autres, j’ai adoré travailler avec lui, dans la complicité et la bonne humeur.

Nous avions réglé une bonne fois pour toutes nos divergences politiques, en décrétant que « nous étions d’accord sur le fait que nous n’étions pas d’accord », et que l’important était de travailler ensemble dans l’intérêt de nos concitoyens.

Une anecdote à ce sujet : après les élections municipales de mars 2008, alors qu’il était question du renouvellement des instances intercommunales, je lui ai dit : « Je vais encore devoir voter pour un candidat UMP à la présidence du Parc ! » Il m’a répondu : « Ça te sera pas plus difficile que, pour moi, de voter socialiste à la présidence de la communauté de communes… » Nous avons été élus tous les deux à l’unanimité.

La disparition de Gérard  Jouve est une immense perte pour la commune des Baux pour laquelle il a beaucoup œuvré. L’attractivité et le rayonnement de cette cité, qu’il représentait, et même « incarnait » à merveille, sont là pour en témoigner.

groupe-pnr

Gérard Jouve, aux côtés d'Hervé Chérubini, Jacques Simonnet (sous-préfet d'Arles), Axel Poniatowski (président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale), Michel Vauzelle (président de la région PACA) et Nelly Olin (ministre de l'écologie et du développement durable)

Concernant le Parc, on peut dire, tout simplement, que sans Gérard Jouve, il n’existerait pas. Il s’est battu,  souvent seul contre tous, pendant de longues années, pour que ce parc soit créé. Ce projet s’est concrétisé début 2007, grâce à la ténacité, la persévérance, la conviction, l’immense réseau relationnel et l’exceptionnelle capacité de persuasion de Gérard. Cet aboutissement, après de longues années de travail, nous le lui devons.

J’adresse mes plus sincères condoléances à Claude, son épouse, courageuse et admirable, qui a accompagné Gérard jusqu’au dernier moment, ainsi qu’à ses enfants, au conseil municipal et à tous les habitants des Baux qui doivent être bouleversés aujourd’hui.

« Adieu la vie, Adieu, la lumière et le vent »

Ces quelques mots d’Aragon, cher Gérard, pour tes Alpilles, encore et toujours.

Et enfin, ceux de Moustaki à Brassens lors de sa disparition, pour toi et mon immarcescible affection :

« Un jour tu es parti, sous terre ou dans le ciel,
pour goûter au repos, que l’on dit éternel,
rejoindre les copains, qui t’avaient précédés…
»

Repose en paix, au pied des grands cyprès.

Lecture du week-end

Dans une ville comme Saint-Rémy-de-Provence, on ne peut être que sensible à tout ce qui touche à l’archéologie. Par leur travail sur le passé, les archéologues ont de fait un regard qui met en perspective le passé, le présent et l’avenir.

Je vous propose de découvrir un texte de Fred Vargas, une femme de talent, archéologue de métier, écrivain par passion et femme engagée sur des problématiques qui nous concernent tous.

J’attends votre avis.

« Nous y sommes « 

Nous y voilà, nous y sommes.

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout du monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas

En grève

A l’appel des sept fédérations syndicales représentatives des instances bloguantes, ce blog sera exceptionnellement fermé, jeudi 29 janvier 2009, 100 % du personnel (moi-même) ayant déposé un préavis de grève.
Les revendications sont les suivantes :
- pouvoir du ‘tchat’,
- défense de l’emploi du français sur internet (voir ligne précédente !),
- défense du service ludique sur les blogs.

Rubrique nombrilique

Aujourd’hui j’ai 48 ans.

Il fallait oser !

« Le travail du dimanche est une avancée sociale » dixit Luc Chatel, secrétaire d’Etat chargé de l’industrie et de la consommation. (Le monde, 9 décembre, p. 19)

Dans combien de temps, un des membres de notre gouvernement nous affirmera-t-il que le travail des enfants dès 12 ans ou jusqu’à 70 ans et de nuit est également une avancée sociale majeure ?

Dernier billet avant le premier tour

La loi stipule que la veille et le jour du scrutin, la diffusion de documents à caractère électoral est interdite. Cela vaut pour la distribution de tracts comme pour la mise en ligne de nouveaux billets sur les blogs.

C’est pour respecter cette législation que je suspens provisoirement ce site. Je n’écrirai donc pas de nouveau billet ces deux prochains jours, et par ailleurs, comme la loi m’y oblige, je bloque dès ce soir la possibilité pour les visiteurs de laisser des commentaires.

On se retrouve très bientôt pour discuter des résultats.

Les Bouches-du-Rhône et Saint-Rémy au cœur du salon de l’agriculture

Mardi, j’ai fait un aller-retour à Paris pour me rendre au salon de l’agriculture. En tant que fils d’agriculteur et étant particulièrement concerné par les enjeux agricoles, j’ai toujours un grand plaisir à m’immerger dans la plus grande ferme de France.

Cette manifestation me tient particulièrement à cœur, car j’y retrouve désormais chaque année un important stand présentant les savoir-faire des Bouches-du-Rhône. Ce stand existe grâce au soutien du Conseil général et je peux en revendiquer la paternité : lorsque j’avais la délégation à l’agriculture au Conseil général, au vu de l’immensité, de la notoriété et de la fréquentation de ce salon, j’avais convaincu Jean-Noël Guérini de la nécessité pour le département d’y être présent.

Le jour de ma visite, deux Saint-Rémois étaient présents cette année sur ce stand des Bouches-du-Rhône : Catherine Hugues représentant les oléiculteurs de la vallée des Baux et René Tramier, les éleveurs. J’y ai croisé également de nombreux autres Saint-Rémois qui s’y promenaient.

Page suivante »