« La métropolisation est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux seuls politiques »
- Par Hervé Chérubini » 6 juillet 2010 » En débat, Réforme des collectivités
- Comment now »
Les présidents d’intercommunalités réunis par Jean-Noël Guérini le 20 mai dernier, ont dénoncé, en évoquant la métropole imaginée par le projet de loi de réforme territoriale, la création autoritaire d’une superstructure aux pouvoirs exorbitants. Ils ont indiqué à cette occasion qu’ils privilégiaient une logique de projet dans le cadre d’une métropole à la carte.
Je vous invite à prendre connaissance des dernières déclarations du préfet de Région à propos de la métropolisation. Il regrette clairement de ne pas pouvoir, comme le prévoyait initialement le projet de loi de réforme territoriale, imposer par la contrainte les contours de la métropole.
Il met surtout en cause le sérieux et la capacité et des élus à traiter de la métropolisation, voire même à gérer leurs communes en stigmatisant un de nos collègues, Roland Povinelli. Il m’apparaît nécessaire de lui rappeler que les élus, eux, tiennent leur mandat du suffrage universel. C’est le sens de la demande que j’ai adressée, dès la lecture du journal La Provence, à Roland Darrouzès, président de l’Union des maires des Bouches-du-Rhône.
Déclaration du préfet de Région Michel Sappin à propos de la métropolisation
(La Provence du 30 juin 2010)
« Si la loi n’est pas encore votée, par rapport à ce qui était prévu, je ne peux qu’avoir une certaine déception. La métropole de Marseille est à faire, elle a été ratée dans le passé car Gaston Deferre a été frileux. On a essayé ensuite d’en faire une à la hâte. Avec peu de communes et peu de richesse. Où l’on gère la pauvreté. La ville de Marseille a des finances difficiles et MPM aussi. Le problème n’est pas d’imposer mais de sauver la communauté urbaine de Marseille. On n’arrivera pas à terminer la décennie dans ces conditions. Ce qui est positif c’est que l’idée de métropolisation a progressé. On en parle à Marseille, à Arles, à Avignon, à Aix, à La Ciotat et à Toulon. Mais il faut vite régler les problèmes financiers. A minima, Plan de Campagne doit revenir dans le giron de la métropole marseillaise. La métropolisation est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux seuls politiques. Roland Povinelli, le maire d’Allauch, est un bon exemple. C’est un temple d’égoïsme. Regardez le logement social dans sa ville. Et les autres, c’est guère mieux. Il aurait fallu faire un cas à part de la métropole marseillaise dans la loi. La coopération de projets prônée par certains est une bonne chose mais reste insuffisante ».
Roland Darrouzès, président de l’Union des maires des Bouches-du-Rhône, a aussitôt réagi dans un communiqué :
« L’Union des maires ne peut rester sans réagir devant les attaques sans fondement dont ses élus font désormais régulièrement l’objet, y compris de la part des représentants de l’État.
Faut-il le rappeler ? Remettant régulièrement en jeu leur mandat, les maires sont élus au suffrage universel et non nommés par une haute autorité. Ils ont la confiance de leurs concitoyens qui ont maintes fois prouvé leur attachement à leur commune et à ceux qui la gèrent.
Indépendamment du caractère déplacé de cette attaque personnelle de la part du plus haute représentant de l’État dans le département, affirmer qu’il ne faut pas laisser la métropolisation aux seuls politiques conforte malheureusement nos inquiétudes nées de l’annonce de la réforme territoriale : il s’agit bel et bien de casser la décentralisation en revenant sur la liberté des élus locaux, d’affaiblir la démocratie locale, de remettre en cause l’action des élus locaux et aujourd’hui, avec ces paroles non démenties, de nier le rôle essentiel des parlementaires pourtant garanti par notre Constitution.
Le mépris non déguisé des propos tenus par le préfet laisse hélas peu de doutes : voilà ce qu’est le respect accordé aux élus de la République représentant de la population. Voilà ce que sera demain la démocratie. Voilà où veut en arriver l’État : à un pouvoir centralisé, enfermé dans ses certitudes et donneur de leçons.
Si la métropolisation est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux seuls politiques, elle doit encore moins être laissée aux seuls technocrates ».



Laisser un commentaire