Lecture du week-end
- Par Hervé Chérubini » 10 février 2009 » Général
- 7 Comments »
Dans une ville comme Saint-Rémy-de-Provence, on ne peut être que sensible à tout ce qui touche à l’archéologie. Par leur travail sur le passé, les archéologues ont de fait un regard qui met en perspective le passé, le présent et l’avenir.
Je vous propose de découvrir un texte de Fred Vargas, une femme de talent, archéologue de métier, écrivain par passion et femme engagée sur des problématiques qui nous concernent tous.
J’attends votre avis.
« Nous y sommes «
Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout du monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d’échappatoire, allons-y.
Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
Fred Vargas



opep dit :
Monsieur Le Premier Magistrat ,
» Je vous propose de découvrir un texte . . . » écrivez-vous à vos lecteurs !
Sans doute, l’ avez vous « découvert » avant nous, analysé et décortiqué avant nous, puisque vous prenez la décision de le publier sur un blog personnel, pour le porter à notre connaissance et nous faire partager ce » trésor » .
Et pourtant vous ne voulez pas livrer votre opinion tout de suite « sur des problématiques qui nous concernent tous. » tout en nous demandant de donner notre avis.
Alors, « nous y voilà », lançons ce débat comme vous nous y invitez.
Premier constat : ce texte est magnifique, ses vérités sont claires et limpides. Nous, occidentaux, baignons dans ce monde de la deuxième Révolution depuis quelques décennies. Pire, nous nous y vautrons comme des goujats qui n’avons même pas conscience de la portée de nos actes quotidiens et de notre bonheur : celui de profiter de la vie sur cette Terre. Et nous courons à la catastrophe !
Voici donc magnifiquement dépeinte l’ ignominie de cette ÉCONOMIE .
Deuxième constat : vous introduisez ce texte par cette formule fort à propos » Dans une ville comme Saint-Rémy-de-Provence, on ne peut être que sensible à . . . » .
En effet, y-a-t-il dans la région, plus beau terrain géographique pour analyser la portée et la pertinence de ce texte ?
Notre village, sans cesse tiraillé entre Histoire, Traditions et dures Réalités économiques . Et les membres de notre communauté Saint-Rémoise, sans cesse partagés entre désir de bien vivre et nécessités induites par notre statut reconnu de ville touristique . Sans aucun doute, existe-t-il à Saint-Rémy aussi ce besoin d’une certaine cohésion SOCIALE .
Troisième constat : ce texte nous appelle à réfléchir pour définir de nouveaux modes, une nouvelle attitude de vie, oserais-je dire, éco-responsable ET SOLIDAIRE .
Alors, » nous y voilà , nous y sommes » lisons-nous dans ce texte !
Mais sommes-nous vraiment prêt à y aller vers cette ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE ?
Et comment y aller ? Vite ? Plus doucement ? Faut-il se ménager des transitions ? Comment passer de l’économie réelle et sauvage d’ aujourd’hui à cette économie somme toute idéale ?
Voilà donc ma vision, mon opinion, sur le sens de votre action publique et politique . Partir de l’ existant, gérer au jour le jour les intérêts et les préoccupations de vos administrés ( hier encore, des préoccupations et des questions bien concrètes autour des maternelles et des crèches ) sans pour autant renoncer à nous montrer » un autre chemin » : peut-être celui de l’ _. _. _.
Voici ce que je pense en lisant ce texte .
Encore merci de nous avoir incité à y réfléchir .
vert chez moi dit :
Pour information, Fred Vargas a écrit ce texte en signe de soutien à Europe Ecologie. Voir l’original: http://www.europeecologie.fr/blog/nous-y-sommes
Je remarque que le texte circule beaucoup mais que sa raison d’être n’est jamais évoquée… dommage!
MG dit :
Bonjour,
La réserve, c’est comme les caves, il faut savoir en sortir…
Ce billet et ce texte m’en donnent l’occasion.
La 3e révolution a commencé il y a plus de 150 ans, pensée et mise en œuvre par les associationnistes sous le nom d’Economie Sociale.
Ce sujet étant d’une dramatique et urgente actualité, je vous renvoie à plusieurs billets de mon blog qui traitent de l’alternative à ce système finissant et fondamentalement immoral qui détruit la planète et l’humanité.
http://mgblog.ouvaton.org/dotclear/index.php?
Je retourne dans ma cave.
MG
MG dit :
Avant de fermer la porte de ma cave à clef…
Comme on ne peut saisir plusieurs liens de billets, si vous allez sur mon blog http://mgblog.ouvaton.org/dotclear/index.php?, je vous invite à lire les deux billets relatifs à l’ESS comme économie du Développement Durable dans la rubrique L’ESS en Pays d’Arles et le billet intitulé « L’ESS, alternative au capitalisme? Chiche! » dans la rubrique Economie Sociale et Solidaire.
Cric, crac!
MG
MG dit :
Écho…
http://mgblog.ouvaton.org/dotclear/index.php?post/commission
de cave…
MG
MG dit :
Même pas un verre de vin par rouge, excusez, par jour…
Je viens de retrouver une vielle cuvée que je vous fais partager.
http://mgblog.ouvaton.org/dotclear/index.php?post/trilogue
Le sommelier
plos12 dit :
Monsieur le maire , c’est formidable de citer Fred Vargas qui fait un constat terrifiant des années passées et des consequences à venir …mais il est temps à Saint rémy d’oeuvrer aussi pour le bien être de notre planète … avez vous un programme précis pour réduire la pollution d