« Je vais réhabiliter le travail, l’autorité, la morale, le respect. »

« Le peuple français s’est exprimé. Il a choisi de rompre avec les habitudes et les comportements du passé. Je vais donc réhabiliter le travail, l’autorité, la morale, le respect. » (discours de Nicolas Sarkozy, le 6 mai au soir.)

Le lendemain de cette déclaration, Nicolas Sarkozy est parti en croisière sur un yacht à 200 000 € la semaine. Il a souhaité ainsi « prendre du recul pour habiter la fonction présidentielle » !

Cette croisière luxueuse a inspiré un certain nombre de commentaires. Au-delà des journaux habituellement critiques : le Canard enchaîné « Ca commence Malte !« , Libération « Boat people« , des médias plus proches du Président ont fait des commentaires peu amènes. La Provence : « c’est au minimum une faute de goût, et au pire une erreur politique« . Et Gilles Dauxerre, éditorialiste de la Provence, de poursuivre : « Dans un pays qui a toujours un problème avec l’argent et qui soupçonne facilement les élus de toutes les collusions, la croisière de Nicolas Sarkozy, au large de Malte, sur un yacht appartenant au groupe Bolloré fait désordre (…). Le discours sur le travail, l’effort, la morale, cadre mal avec ce début de quinquennat trop clinquant« .

Concernant Nicolas Sarkozy, François Bayrou (voir billet du 27/04) s’inquiétait « de sa proximité avec les milieux d’affaires et les puissances médiatiques”. Voici donc le premier geste de Nicolas Sarkozy, qui confirme cette collusion. Il part en croisière sur le yacht de M. Bolloré, propriétaire, entre autres, du groupe Havas et de l’institut de sondage CSA…

Quand on est élu à des postes de responsabilité, il me semble qu’il faut avoir un minimum de rigueur. Maire d’une commune soumise à une très forte pression foncière, que penseraient les Saint-Rémois si j’acceptais tels ou tels avantages en nature de la part de promoteurs ou d’entrepreneurs du BTP (ces propositions sont fréquentes : invitations à des concerts, des spectacles, des opéras, des « séminaires » prétextes à des voyages luxueux) ? Les habitants, et en particulier ceux qui sont à la recherche d’un emploi ou d’un logement, pourraient légitimement s’interroger. De la même façon, en tant que rapporteur du budget au Conseil général, je reçois de multiples propositions de la part des banques. Personnellement, je me suis donné comme ligne de conduite de n’accepter que les déjeuners de travail, et si possible à Saint-Rémy, de façon à faire travailler les commerces locaux. Petite anecdote sur ce sujet : en 2005, un promoteur immobilier m’a fait déposer une caisse de champagne sur mon bureau. Je l’ai faite porter à l’hôpital local et ai répondu (par écrit, afin qu’il en reste une trace…) à ce promoteur que les résidents de l’hôpital le remerciaient de la délicate attention qu’il avait eue à leur égard !

Car évidemment, lorsque l’on accepte des avantages, des cadeaux, il est bien difficile de refuser ensuite un service demandé par le donateur de la veille. Si des privatisations sont, par exemple, réalisées dans les prochains mois et que Bolloré fait partie des bénéficiaires, nous pourrons très légitimement nous interroger sur d’éventuels services rendus !

Nicolas Sarkozy est un homme politique qui n’a jamais caché ses relations étroites avec les médias, les grandes entreprises, les people, qui gravitent autour de la politique avec le risque plus ou moins consenti (et mutuel) de s’y confondre. Berlusconi, qui a toujours ignoré les frontières saines et morales, qui doivent exister entre le monde de l’entreprise, les médias et la politique, constate lui-même : « Il m’a pris comme modèle. Comme moi, il veut changer la vieille politique« .

Nicolas Sarkozy a parlé de la France qui souffre, qui se lève tôt, qui travaille dur, de la France « exaspérée ». Je ne crois pas que cet épisode renverse la tendance, et permette à la France de reprendre espoir. Bien au contraire !

2 commentaires pour “« Je vais réhabiliter le travail, l’autorité, la morale, le respect. »”

  1. 13 mai 2007 à 15:23
    capitaine nemo dit :

    LETTRE OUVERTE À SEGOLENE ROYAL

    Chère Ségolène Royal

    En premier lieu je tiens à vous faire part de tout l’intérêt que j’aie porté à cette campagne présidentielle et à votre candidature. Il est incontestable que vous avez porté un vrai message de changement, changement qui est une vraie aspiration des Français. A ce titre je tiens à rappeler que si l’on observe attentivement le vote du 6 juin, vous réunissez sous votre nom
    2 millions de français , de moins de 60 ans, de plus que Nicolas Sarkozy ; il est vrai que lui a réuni 4 millions de plus que vous chez les plus de 60 ans. Cela doit être la France qui se lève tôt …
    Ensuite mon métier de conseil en communication publique et politique (que j’ai notamment eu l’occasion d’exercer auprès de certains de vos « illustres » amis) m’a amené à poser un certain regard sur les événements de ces mois derniers. Ce regard ,certes partiel, je souhaite le partager avec vous.

    - D’abord je tiens à vous dire que vous avez fait une formidable « première » campagne présidentielle, ce qui vous sera fort utile pour la prochaine.

    - Ensuite, vous rappelez que sous la V république, un candidat à la présidentiel ne peut gagner sans partie politique et donc à fortiori contre son partie. Ce qui vous oblige en vue de la prochaine échéance d’en prendre le contrôle dés maintenant.

    - Enfin je pense que plus que sur le terrain des idées et des attentes, c’est sur le terrain des mots et de leurs agencements qu’un réel écart c’est créer. Cet écart, il faudra savoir rapidement le combler.

    Pour conclure l’espoir et l’élan que vous avez su susciter, la légitimité que vous avez acquise , vous oblige à prendre concrètement la tête d’une opposition crédible, seule à même de limiter à cinq ans cette expérience des enfants naturels de Louis Pauwels et de Madonna.

    Cordialement.

  2. 15 avril 2010 à 5:11
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